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20040917

Editorial 17 septembre 2004 : la valse à mille temps de Jean-Pierre Raffarin

La valse à mille temps de Jean-Pierre Raffarin.

P A R  E T I E N N E  N E U V I L L E
Secrétaire général

 

C'est avec une certaine consternation que l'on peut observer aujourd'hui ce qui se passe autour du lundi de Pentecôte.

Voila un Premier Ministre qui impose à sa majorité une loi rétrograde de retour à la corvée, refuse d'entendre le tollé général qu'elle suscite dans le pays, la fait voter au forceps par la représentation nationale, et finit par passer outre les amendements qui lui ont été timidement apportés, désavouant au passage son ministre de l'Education Nationale.

Ce que les sportifs, les hôteliers, les partenaires sociaux, les festivaliers, les professionnels de la santé, la centaine de députés membres du CAL, les 110.000 signataires de la pétition des Amis du Lundi, etc., n'ont pas cessé de clamer depuis huit mois, c'est que ce désordre n'est que la conséquence logique de l'irréalisme de l'idée de départ. Il demeure totalement abusif d'exiger un travail gratuit de quelque catégorie sociale que ce soit. Qui plus est dans le cas présent, s'agissant de solidarité nationale, donc d'un domaine qui concerne tout le monde, il est foncièrement injuste de ne faire peser cet effort que sur les salariés, qui ne représentent que 42% de la population active.

 

Le travail supplémentaire de l'Education Nationale, davantage de richesses pour la France ?

Il faut remarquer que la cacophonie d'aujourd'hui est encore un faux-problème. En effet, peut-on imaginer une seconde qu'une journée de corvée imposée à l'Education Nationale rapporte un seul euro aux finances de l’Etat ?

Bien au contraire, cette journée va coûter aux contribuables les 0.3% de taxe sur la masse salariale des fonctionnaires de l’Education Nationale, taxe à laquelle tous les employeurs sont soumis, y compris cette dernière !

Le simple bons sens voudrait que l’Education Nationale ne soit pas assujettie à l’obligation absurde de travailler un jour de plus, exonération qu’il serait d’ailleurs judicieux d’étendre aux autres corps sociaux non directement producteurs de richesses.

 

Une décision plutôt positive, mais que les Amis du Lundi accueillent avec prudence.

Le Premier Ministre, lobant le Ministre, a donc décidé de “passer le bébé” à ses Recteurs d'Académie.

S'il est possible de déplorer le manque d'élégance du subterfuge utilisé par le chef du Gouvernement pour réduire la pression politique qui s’exerce sur lui, les Amis du Lundi ne peuvent qu'accueillir favorablement, quoi qu'avec circonspection, cette décision.

En effet, elle peut effectivement aider à préserver les activités du lundi de Pentecôte dans un nombre d'Académies que nous espérons important, et pourquoi pas toutes, selon le sens du terrain et le pragmatisme des Recteurs.

Mais il appartient aux Amis du Lundi de demeurer très vigilants sur la réalité de la liberté concédée. En effet, en dernier ressort, un Recteur d'Académie obéit à son Ministre de tutelle, qui lui même est soumis - avec quelle souplesse - au Premier Ministre. Il est tentant pour ce dernier de faire exécuter par des consignes discrètes ce qu'il n'aurait pas pu effectuer au vu et au su des citoyens. Et la duplicité qui a présidé au débat parlementaire sur ce sujet n'incite plus à accorder une grande confiance aux discours politiques.
 

Une solution de bon sens : la suspension de l'application de la loi.

Les Amis du Lundi sont des réalistes et des pragmatiques. Oui, nous pensons que la protection sociale doit être adaptée à l'évolution démographique. Oui, nous pensons qu'un débat sur l'aménagement du temps de travail peut être engagé, compte tenu de l'évolution des contraintes économiques.

Mais nous demandons que ces débats soient engagés dans la clarté, et que l'on cesse de mélanger les genres : si une quantité supérieure de travail salarié est nécessaire, il n’est nullement besoin de supprimer quelque jour férié que ce soit, cela doit rentrer dans le cadre législatif qui concerne le temps de travail, et non prendre les formes sournoises qui ont été adoptées : personne ne peut plus maintenant croire que la canicule 2003 soit le véritable motif de l'acharnement mis à supprimer ce jour férié.

Or ce débat sur l'aménagement du temps de travail est dans les cartons du Gouvernement. Le Gouvernement et les partenaires sociaux sont parfaitement capables de l'aborder, certes avec passion, mais aussi avec sérieux. Mais la question du Lundi de Pentecôte viendrait nécessairement polluer la réflexion sur ce sujet délicat, le monde salarié abordant le débat avec un contentieux non réglé.

Alors, en toute logique, nous demandons à Monsieur Raffarin de ne pas s'en tenir au rôle de Ponce-Pilate, mais d'aller jusqu'au bout de sa démarche. Nous lui demandons, plutôt que de modifier arbitrairement la loi, de suspendre son application, jusqu'à l'aboutissement de la réflexion que le Gouvernement veut tenir au sujet du temps de travail. Et nous espérons qu'il aura, pour une fois, le bon sens de discerner le réalisme de cette proposition, et le courage politique de l'adopter.

 

Etienne Neuville
Secrétaire Général