Euros

91

Une fausse bonne idée.

Jean-Jacques Descamps, Député Européen, Député d’Indre et Loire, Maire de Loches, Ancien Ministre

Une fausse bonne idée.

L’affaire du Lundi de Pentecôte, une fausse bonne idée.

Notre pays a mal supporté la canicule de l'été dernier. Celle-ci a révélé la situation difficile des personnes en fin de vie, souvent seules chez elles ou hébergées dans des établissements plus ou moins bien adaptés. Mais elle a surtout fait prendre conscience à notre opinion publique d'un problème simple : les progrès de la médecine et la transformation progressive de notre mode de vie familial vont aboutir à la prise en charge nécessaire d'un nombre croissant de personnes âgées, dépendantes ou non, mais confrontées à la solitude physique et/ou morale, et qui ont besoin d'une aide matérielle et psychologique, soit à domicile, soit dans des établissements spécialisés avec du personnel formé à cet effet.

Tout ceci aura un coût croissant que la collectivité devra assumer en large partie et qui s'ajoutera à celui, en hausse régulière, de la santé publique.

Mais notre Sécurité Sociale est déjà exsangue et ne sait pas comment se sortir de son déficit abyssal. Et l'A.PA. (Allocation Personnalisée d'Autonomie) a atteint ses limites en matière de contribution des Départements.

Pour marquer de façon symbolique la mobilisation nécessaire du pays face à cette nouvelle solidarité, le Premier Ministre a donc proposé que chaque Français travaille le lundi de Pentecôte afin de consacrer les fruits de ce travail supplémentaire au financement des coûts de la fin de vie des Français.

Cette idée a fait son chemin, montrant hélas que la culture socio-économique française est empreinte de générosité certes, mais surtout de méconnaissance du fonctionnement des entreprises. Certains Députés réformateurs avaient d'ailleurs tiré la sonnette d'alarme dés l'annonce de cette mesure.

Car nous voilà en train de recommencer la même erreur que la gauche avec les 35 heures.

Le travail ne se décrète pas. Le travail est nécessaire dans une entreprise quand il faut produire, vendre, organiser, gérer. Il existe lorsqu'il y a une demande extérieure à l'entreprise. Le travail dans le secteur public en découle naturellement.

L'activité globale dans notre pays n'augmentera donc qu'avec la croissance. Et celle-ci ne se décrète pas non plus. Elle se mérite par la politique que l'on mène, aujourd'hui une politique d'encouragement à la recherche et à la création d'entreprises et de réduction des coûts, justifiée par une réduction des dépenses publiques et donc des impôts et des charges sur le travail.

Tant que la croissance n'est pas au rendez-vous, c'est à dire à demande égale, un jour férié travaillé en plus ou en moins ne changera rien à la charge globale de travail du pays. En revanche, si la croissance revient, c'est par le jeu normal des heures supplémentaires ou des embauches que le pays satisfera l'augmentation de la production. Et c'est aux employeurs et aux salariés de trouver la meilleure organisation pour le faire au moindre coût.

Il est donc clair que l'idée de rendre obligatoirement ouvré le lundi de Pentecôte, ou quelque autre jour, n'apportera pratiquement aucun surplus significatif de valeur ajoutée par rapport au jeu normal de l'économie d'entreprise. A moins que cela ne revienne à réduire d'environ 0,5 % la durée légale du travail hebdomadaire auquel cas les entreprises ou administrations étaleront différemment leur charge de travail en utilisant, dans cette hypothèse, ce nouveau jour de travail légal pour économiser ailleurs des heures supplémentaires ou des heures de R.T.T., si elles le peuvent.

La vraie et seule ressource pour l'Etat pour financer les conditions de fin de vie de nos concitoyens sera donc cette taxe spéciale de 0,3% sur la masse salariale qui ne sera que peu compensée par l'économie d'heures supplémentaires. Ce sera donc un prélèvement de plus. A cette ressource s'ajoutera un nouvel impôt sur les revenus de l'épargne qui n'a rien de commun avec le travail, donc avec l'objectif poursuivi. Qui peut y comprendre quelque chose alors que l'on reparle de diminution d'impôts et de charges ?

En réalité, face au grave problème de la dépendance en fin de vie, il faut dire effectivement la vérité aux Français mais leur proposer une contribution plus juste et plus facile à comprendre.

Le Gouvernement a déjà pris conscience de l'impopularité de sa proposition de travailler le lundi de Pentecôte. Il a donc corrigé sa copie en tenant compte de la volonté de choix de la population. Mais selon le Projet de Loi envisagé, cette liberté restera encadrée dans les entreprises par des accords compliqués à mettre en œuvre, et dans l'Administration par des Décrets pris on ne sait par qui. On crée une taxe mal expliquée, qui ne s'applique pas à tous, par exemple les professions libérales. On taxe une fois de plus l'épargne qui correspond à des économies sur des revenus déjà taxés.

Il est naturel de responsabiliser tous nos concitoyens. Mais essayons au moins de faire cela de façon compréhensible et conforme à notre volonté de simplification. Au moment où on leur explique que les 35 heures ont été une fausse bonne idée qui coûte cher à notre économie, l'occasion est bonne de revenir partiellement sur elle par une augmentation, sans salaire supplémentaire, du temps de travail légal de 0,5 heure. Ce sera la contribution des salariés à cette solidarité. Et par souci d'égalité, on taxera les employeurs privés ou publics de 0,3% sur les salaires payés, et de même les retraites ou les revenus des professions non salariées. Et laissons de côté les épargnants qui sont souvent déjà des retraités, des salariés ou des entrepreneurs.

Voilà une solution claire qui évitera ainsi de compliquer l'existence de millions de français, et accessoirement de froisser les autorités religieuses, comme les professionnels du Tourisme ou les associations sportives ou culturelles. Car toute idée de journée de solidarité telle qu'elle avait été imaginée au départ, c'est-à-dire imposée à tous un jour donné, et surtout le lundi de Pentecôte, pour financer de façon spectaculaire ce risque, aurait été elle-même une fausse bonne idée.

          • J.J.Descamps
            Député d'Indre et Loire, Ancien Ministre


             

Jean-Jacques Descamps est député européen, député d’Indre et Loire, maire de Loches, 1er Vice-Président de la Communauté de Communes Loches-Développement, et Président du Pays « Touraine côté sud » .

Il a fondé en 99 et préside l’Association des Plus Beaux Détours de France qui regroupe 72 des plus belles petites villes de France, situées à l’écart des grands axes touristiques.