Euros

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Une nouvelle confiscation des profits économiques.

Jean-Yves Naudet, Economiste, Professeur à l’université d’Aix-Marseille III, Directeur du centre de recherches en éthique économique

Une nouvelle confiscation des profits économiques.

Une fausse bonne idée.

Le projet de supprimer un jour férié - en l’occurrence le lundi de Pentecôte - suscite en France des réactions contradictoires. D’un côté, qui pourrait être contre le fait d’exprimer sa solidarité avec les personnes âgées, mais d’un autre ce projet suscite des interrogations légitimes. Sur le plan religieux, déjàl les chose sont ambiguës. Il est vrai qu’au sens strict du terme, le lundi de Pentecôte n’est pas une fête religieuse, puisque la Pentecôte se fête le dimanche. C’est pour cela que l’Eglise Catholique ne s’est pas formellement opposée à la mesure. Mais ces jours fériés témoignent l’importance de la fête et servent souvent à des rassemblements ou des pèlerinages. La vraie laïcité ne consiste pas à ignorer le fait religieux, et on doit au moins être vigilant si l’on ne veut pas un jour remettre en cause le jeudi de l’Ascension ou la Toussaint.

Mais c’est sur le plan économique que le débat est plus intense. D’un côté, il y a le fait de travailler plus, mais de l’autre on peut se demander pour qui on travaille. Travailler plus marque une rupture par rapport à la tendance à la dévalorisation du travail. Le débat sur les 35 heures montre bien que la vision “malthusienne” de l’économie a des limites : si on veut produire plus de richesses, il faut travailler plus. Les rigidités entraînées par une réglementation trop stricte de la durée du travail finissent par se retourner contre les salariés et produire du chômage : c’est en produisant plus, et donc en travaillant plus qu’on réglera le problème de l’emploi. [...]

Mais la question est de savoir pour qui on travaille plus. On aurait pu imaginer que le supplément de production ainsi crée se diffuse peu à peu dans l’économie, et vienne grossir les revenus et les dépenses; l’Etat y aurait trouvé son compte, car la matière imposable augmentant, chacun étant un peu plus riche, l’impôt rapporte plus (sans augmenter son taux). Mais c’est une autre voie qui semble avoir été choisie. On va bien travailler un jour de plus, mais pour l’Etat.

Le produit du travail supplémentaire sera en effet confisqué par une nouvelle augmentation sociale de 0.2 ou 0.3%. Autrement dit, on augmente encore les prélèvements obligatoires. Cette solution est contestable, au moment ou le gouvernement essaie d’envoyer une message de recul des impôts avec la baisse de l’impôt sur le revenu : le message est brouillé. De plus, chacun sait que les prélèvements atteignent en France un niveau record par rapport aux autres pays. Ils représentent nettement plus de 50% du revenu des Français : en clair, on travaille en gros du premier janvier au 14 juillet pour l’Etat et la sécu, et à partir du 15 juillet, on travaille pour sa famille : est-il nécessaire de rajouter encore un prélèvement ?

Enfin, est-on sûr que le problème des personnes âgées passe par une cotisation de plus ? N’est ce pas plutôt un problème de solidarité, de proximité, et de temps consacré à nos aînés ? Mais donner de son temps, c’est surement plus difficile que de payer une cotisation. C’est pourtant plus efficace.